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■P'.

UNIVERSEL

RESUMANT ET COMPLÉTANT

les faits présentés par les Encyclopédies, les anciens Dictionnaires scii^ntifiques, les Oùivres '.ompletes .de Buffon , et les meilleurs Traités spéciaux sur les diverses oranclies des sciences naturelles; - Donnant. la description des êtres et des divers phénomènes de la nature, J étymologie et la définition des noms scientifiques, les principales applications. des corps organiques et inorganiques, à 1 agricultftre , à la médecine , aux arts industriels ,.otc,;

OWRAGE UTllÆ

; A.ix Médecins, aux Pharmaciens, aux Agriculteurs, aux Industriels, et généralement à toiw

I iCS hommes désireux de s'initier aux merveilles de la nature ;

î

! PAR MESSIEURS

ARAGO , BAÜDEMENT, BECQUEREL, BIBRON , BLANCHARD,

BOITARD, DE BRÉBISSON , AD. BRONGNIART, C. BROUSSAIS^

BRIILLÉ, CHEVROTAT , CORDIER , DECAISNE, DELAFOSSE , DESHAYES, DESMAREST, J. DESNOYERS, ALCIDE ET CHARLES d’oRBIGNY, DOYÈRE , DUCBARTRE, DUJARDIN , DUMAS, BUPONCHEL , DUVERNOY, ÉLTE DE BEAUMONT, FLOURENS, ISIDORE GEOFFROY ST-HILAIRE, GERBE ^ GERVAIS, AL. DE HUMBOLDT, DE JUSSIEU, DE LAFRESNAYE LAURILLARD ; LEMAIRE , LÉVEILLÉ , LUCAS, MARTIN SAINT-ANGE , MILNE EDWARDS , MONTAGNE, PELOUZE , PELTIER , C. PRÉVOST, DE QUATREFAGES -

A. RICHARD, RIVIÈRE, BOULIN, SPACH,

VALENCIENNES, .ETC.;

DIRIGÉ PAR M. CHARLES D’ORRIGl^T.

Kt enrichi d’un magnifique Atlas de planches gravées sur acier.

TOME HUITIÈME.

PARIS,

HEZ LES ÉDITEURS MM. RENARD, MARTLNET ET C

RUE DE BÜSSI, 6;

ET CHEZ MM.

AXGIOIS ET LECLERCQ,

Hue de la Harpe, SI.

VICTOR MASSOY,

Place de l’Kcole-.Te-lVlrdeciiie , 1.

ÜUmes maieotts , djf2 £. .Ûltcljelsrn, à fci^isig.

IS47.

/

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/

https://archive.org/details/b30454888_0012

DICTIONNAÎBE

UMYEnSKL

D’HlSTOmE NATURELLE

TOME HUITIÈME.

LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE DE MATIERES,

Avec l’iiidicalion des lettre^ initiales dont leurs articles sont signés.

K€»olo^ie i^ëstërale, Anatomie 9 Pliysiolo^ie^ Tératologie

et Aiitltropologie*

-MM.

ÜUPOMCHEIj lils , médecin de l’École polytechnique. [A. D ]

DUVERXOY, D.-M., professeur d’histoire naturelle au Collège royal de France, etc. [Duv.]

FLOURE^S, D.-M., secrétaire perpétuel de l'Acad. royale des Sciences, membre de l’Académie française, professeur-admi¬ nistrateur au Muséum d’Ilistoirc naturelle. [Fl. s.]

TVlaiaBiiiifères

MM.

ISIDORE GEOFFROY SAlNT-HlLAIRE, D.-M., membre de l’Institut, inspecteur-général de l’Université, prof' sseui ad¬ ministrateur au Muséum d’ilistoire naturelle. [I. G.-S.-Hj

DE HEMBOLDT (le baron Alexandre) , membre île l’In stitut, de l’Académie royale de Berlin, de la Société royale de Imndres, etc., etc. ' [de Hume.]

MARTIüI SALYT-A^GE , D.-M , membre de plusieurs socié¬ tés savantes. [,M. S. -A.]

et Oiseanx.

B A UDE.VIEYT, prof, suppl. au Collège loyal de Henri I \L [B.]

ISIDORE GEOFFROY SAIYT-HILAIRE , D.-M., membre <le l’Institut, etc. [1. G.-S.-l!.]

GERBE, aide au Collège de France. [Z, G.]

DF LAFRESYAYE, membre de plusieurs sneiélés sav. [Lafk.) LA UR ILE A RD , membre de la Société pliilomatique , etc.

(.Mammifères, Oiseaux et Reptiles fossiles.) [L..i). |

DE QUATREFAGES, doc. en méd. et ès-sciences. [A. DE Q.] ROGLIY ^ membre de la Société philomatique, etc. [Roul.]

Reptiles et Poissons.

BIBROY , professeur d’iiistoiie naturelle, aide-naturaliste au | VALEYCIEYYES , professeur-administrateur au Muséum d’His-

Muséum d’Iüsloiie naturelle. [G. B.) f toire naturelle. ]

Mollusques.

ALCIDE D’ORBIGYV, auteur dn \ oyage dans l’Amérique 1 DESHAYES , membre de la Soc. philomatique, etc. [Desh.]

méridionale, membre de la Soc. philomatique, etc. [A.d’Ü.] 1 VAI.EYCIEYXES , prof.-adm. au Mus. dMIisl. mit. [Val.j

Artictilës.

(Insectes, Myriapode.s, Araelinides, Cribstacés, Cirrhopodes, Annélides, Heliniuthides, Systüüdcs.)

.4LDOU1Y , D.-M., membre de l’iu.stitut , professeur-adininis- trateur au Muséum d’IIistoiie natuielle. [Acd.]

BLAYCIlABDy membre de la Soc. eutomolog. de. Fcanee. [Bl.] BOITARD , auteur de plusieurs ouvrages d'bist. iiatur. [ Boit.]’ CHEVROLAT, membre de plusieurs sociétés savantes. [C.] DESMAREST, secret, de la Sue. eutomolog. de France. [E D.]

DUJA,BDIY, docteur ès-scienees , doyen de la Faculté disseien- ces de Renues. [Dej ]

DEPOYCII EL , membre lie P lusi eurs sociétés savantes. [D ] GERVAIS , dort, és-seieiiees, membre de la Soe. pliilom. [P. G ] LUCA'S, membre de la Société eutomologique de France. [II. L.j MILYE EDWARDS, D.-M., meiubie de l’Iustitui. etc. [M. F.]

Zoopliytes ou Rayoïiiiës.

(Ecliiuoderiiies, Acalcplies, Foraininifèrcs, Polypes, Spongiaires et Infusoires.)

ALCIDE D’ORBIGYY, membi e de que, etc.

la Société pliilomati- [A, D’O.]

DUJ.ARDIY^ membre de la Sneirté philomatique, etc. [D[i,i ] MILYE EDWARDS , D.-M , membre de rlnslitut, etc. [M. L.j

Rotaaiique.

DE BREBISSOY , membre de plusieurs soc. savantes. [ Bkéb.]

RHUYGIYIABT , D.-M., membre de l’Institut, professeur-admi¬ nistrateur au Muséum d’Histoire naturelle. [Ad. B.]

DECAISXE, aide-naturaliste au Muséum d'ilislcire naturelle, membre delà Société pliilomatique. ' [.1. D.]

DÜCHARTRE, docteur ès-seienres. [l'.D.]

DE JUSSIEU, D.-M., membre de l’iustitiit , ijt ufesseiir-admi- nistratcur au Muséum d’Histoire naturelle, [Ad. J.]

LEM.AIRE .ancien professeur de l’Université, membre de plu¬ sieurs sociétés savantes. [L- L-]

MOYTAGME « D.-M., membre de la Société philomatique et de plusieurs autres sociétés savantes. [U. M ]

RICHARD, D.-M., membre de l’iustitut. iirofesseur a la l'a¬ cuité de médecine. J

SPACH , aide-naturaliste au Muséum d’Hist. naturelle. [Si’ j

Rëologie , Miiiëralogie.

CORDIEB , membre de l’Institut, professeur-administrateur au Muséum d'ilistoire naturelle , |>aii de Fiance , mspei teur-généra I des mines , conseiller d’Etat. [L. C.]

DELAFOSSE , professeur de minéralogie à la Faculté des scien¬ ces, etc. . [Del.]

DESKOYEBS , bibliothécaire au Muséum d’Ili.st. nat. (Ques¬ tions géologiques sous le point de vue historique. ) [J. Desn .]

ÉLIE DE BEAUMOYT , membre de Flnstiiut. professeur au Collège roval de France, ingénieur eu cbel des mines, etc

[E. de B. J

CHARLES D’OBBIGYY, membre de iiliisieurs sorietes savan¬ tes, etc. , [^' l

COYSTAYT PRÉVOST , professeur de géologie à la FaeuUe des sciences, etc. *

Cliiiilie, Pliysiqiie et Astronomie.

ARAGO , secrélaire perpétuel de l’Aeadémie des sciences, dé¬ puté, etc. [An. ]

BECQUEREL , membre de l’Institut , })i olesseur-administra- t leur au Muséum d’Histoire naturel le . [Becq.]

DUMAS, membre de l’Institut, professeur de ebimie à la Fa¬ culté de médecine et à la Faculté des sciences, ete. [Dcm.]

PEUTIEB, D -M.. mcmbie de la Société pliilomatique. [!’.] PELOUZE , membre de l’Institut , professeur de ebimie au Collège royal de France et à l’Érole poly technique, etc. [Fkl.j RIVIÈRE, professeur de sciences physiques, de l’üniver.site royale. -

l’aris. Imprimerie de Bourbogke et .Maktiket, rue .Jacob, 3o.

RÉSUMANT ET COMPLÉTANT

1 ous les laits présentés par les Encyclopédies, les anciens dictionnaires scientiliijues, les Œuvres complètes de Bnffon, et les meilleurs traités spéciaux sur les diverses branches des sciences naturelles; Donnant la description des êtres et des divers phénomènes de la nature, 1 étymologie et la définition des noms scientifujiies , et les principales applications des corps organicpies et inorganiques à l’agriculture, à la médecine, aux arts industriels , etc.;

PAR MESSIEl p.s

ÂUÂGÜ, E. BAUDEMENT, BAZIN, BECQUEREL,

BIBRÜN, BLANCHARD, BOITAHD , DE BRÉBISSON , AD. BRONGNIART,

C. BROUSSAIS, BRULLÉ, CHEVROLAT, CORDIER, DECAISNE, DELAFOSSE, DESHAAES, DESMAREST, J. DESNOYERS, ALCIDE ET CH. d’oRBIGNY, DOYÈRE, DUCHARTRE, DUJARDIN, DUMAS, DUPONCHEL , DUVERNOY , MILNE EDWARDS , ÉLIE DE BEAUMONT, FLOURENS, GERBE, GERVAIS, IS. GEOFFROY ST. -HILAIRE, AL. DE HUMBOLDT, DE JUSSIEU, DE LAFRESNAYE , LAURILLARD , LEMAIRE, LÉVEILLÉ, LUCAS, MARTIN ST .-ANGE , MONTAGNE, PELOUZE, PELTIER, C. PRÉVOST, DE QUATREFAGES,

A. RICHARD, RIVIÈRE, ROULIN , SPACH,

VALENCIENNES, ETC.

DIRIGÉ FAR M. CHARI.ES D’ORBICBIY,

Et enrichi d’un

magnifique Atlas de planches gravées sur acier.

- o-o-O-O 'O -O-O-O-o-c -

TOME HUITIÈME.

- o-<yo O O -O- e-O-c-o - -

PARIS.

CHEZ LES ÉDITEURS MM. RENARD, MARTINET ET C",

RUE DE B U SS T, 6;

ET CHEZ

LAMGLOIS ET LECLERCQ, | VICTOR MASSON ,

Rue Je lu Hurpe , 81. ^ Pluce de l’Ecule de-Médecine , L

HXêmfs maisons , cljez iT. iRidjebm , ù Cfi|)2ig.

1846

rr

HISTORJCAL

ME»»CAL

DES ABRÉVIATIONS

E^MPLOYÉES DANS CET OUVRAGE.

(f.es abréviations en petites capitales placées an commencement de cleupie article indi(iuent la grande classe à laquelle il appartient.)

Acal . Acalèphes.

Anal. .... Anatomie.

Ann. .... Annales.

Annél . Annélides.

Arach. . . . Arachnides.

Asir . Astronomie.

Bot . Uotanique.

Bol. cr. . . . Botanique cryplogami- que.

Bol. ph‘. . . . Botanique phanéroga- mique.

Bull . Bullelin.

Cliim . (lliimie.

Cirrh . (^irrhopodes.

6V«.vt . Crustacés.

Echin .... Eciiinodcrmes.

Fig . Figure

Forami)!. . . Foramitsiieres.

B'oss . Fossile.

G. ou g. , . . Cenre.

Géol . Géologie.

Helm . Hclminthides.

Hisi. nai. . . Histoire naturelle.

Infus . 1 Illusoire'^.

Ins . Insectes.

'^Jam . Mammifères.

Mém. ... Mémoire.

Méléor. . . . Météorologie.

Min . Minéralogie.

Moll . Mollusques.

Mgriap. . . . Myriapodes.

O/v. ..... O iseanx.

Paléoni. . . . Paléontologie.

P h. on P h an. Phanérogame, ou plia nérogamie.

Phys . Physique.

Physiol. . . . Physiologie.

PL ..... Planche.

Poiss . Pois.sons,

Polyp .... Polype.s, Polypiers.

Rad . Badiaiics

Rept . Reptiles.

Spoixj .... Spongiaires.

Sysiol . Systolides.

S y n.on Synon.Sy no n y m e .

Téml . Tératologie.

F', ou Foy. Voyez.

Fulg . Vulgaire.

Zool . Zoologie.

Zooph. . . . Zoophytes.

D’HISTOIRE NATURELLE.

M

IÏIAI\TE, Muslela. mam. Ce genre de Mammifères, établi par Linné et placé a la tête des Carnassiers digitigrades de G. Cu- A ier, forme, pour M. Is. GeolTroy, sous le nom de Mustéliens , la troisième famille de son sous-ordre des Carnivores à molaires plus ou moins tranchantes , mais non hérissées de pointes. Les Martes ont une seule dent tu¬ berculeuse en arriéré de la dent carnassière de la mâchoire supérieure ; on leur compte de trente-deux à trente-huit dents. Leur corps très allongé et leurs pieds très courts leur permettent de passer par les plus petits trous. Elles manquent de cæcum, et ne tombent pas l’hiver en léthargie.

Les Martes proprement dites ont à cha ¬ que mâchoire six incisives, deux canines, et, parmi les mâchelières , deux carnassières et deux tuberculeuses ; mais le nombre des faus¬ ses molaires varie quelquefois de quatre à six à la mâchoire supérieure, et de six à huit à 1 inféiieure, d’ou il résulte que le nombre de leurs dents varie de trente-quatre à trente- huit. Les carnassières ressemblent assez à celles des Chats : cependant les supérieures ont le tubercule interne plus distinct, et les inférieures sont remarquables par un talon assez étendu que présente leur partie pos¬ térieure. Les tuberculeuses inférieures sont petites, arrondies, et leur couronne se termine par trois petites pointes ; les supérieures sont divisées en deux parties par un sillon assez profond, et chaque partie offre trois petits tubercules. Les pieds sont courts compara¬ tivement à la longueur de leur corps effilé, et terminés chacun par cinq doigts réunis dans une grande partie de leur longueur par une membrane. Les ongles sont arqués

T. VIH.

et très pointus, excepté dans les Zorilles. La queue varie beaucoup de longueur, selon les espèces. Leur pupille est allongée transver¬ salement, comme chez les animaux crépus¬ culaires; l’os pénial existe assez développé dans toutes, mais sa forme n’est pas toujours la même. Les mamelles sont placées sur le ventre, au nombre de quatre à huit. Près de l’anus sont de petites glandes qui sécrètent, surtout quand ces animaux sont en colère, une humeur d’une odeur toujours désagréa¬ ble et souvent fétide.

De tous les animaux carnassiers, les Mar¬ tes sont les plus cruels et les plus sangui¬ naires. Elles ne se nourrissent que de proies vivantes, et il faut qu’elles soient poussées parunefdirn extrême pour manger quelques baies sucrées, telles que les Raisins et les fruits de la Ronce. Celles qui vivent dans les bois sont constamment occupées de la chasse des Oiseaux, des Souris, des Rats; les plus pe¬ tites espèces même, telles que l’Hermine et la Belette, attaquent sans hésitation des ani¬ maux dix fois plus gros qu’elles, les Lapins, les Lièvres et les plus grands oiseaux do basse-cour. La ruse dans l’attaque, l’effron¬ terie dans le danger, un courage furieux dans le combat, une cruauté inouïe dans la victoire, un goût désordonné pour le car ¬ nage et le sang, sont des caractères qui ap¬ partiennent à toutes les espèces de cette fa¬ mille, sans exception. Leur corps, long, grêle, vermiforme, comme disent les natu¬ ralistes, leurs jambes courtes, leur souplesse et leur agilité, permettent à ces animaux de se glisser partout et de passer par les plus petits trous, pourvu que leur tête puisse y entrer; aussi parviennent-ils aisément à pé-

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MAR

MAR

nétrer dans les basses-cours, et leur appari¬ tion est toujours le signal de la mort pour tous les petits animaux domestiques qu’on y élève. Rien n’est épargné, et, avant d’assou¬ vir leur faim, il faut qu’elles aient tué tout ce qui les entoure, tout ce qu’elles peuvent atteindre. Elles ont un art merveilleux pour s’approcher doucement de leur victime sans en être aperçues et sans la réveiller, pour s’élancer sur elle, la saisir, l’envelopper comme un serpent dans les replis de leur corps long et souple, lui couper la gorge avant qu’elle ait eu le temps de pousser un cri qui eût donné l’alarme aux autres. Les Martes sont si cruelles qu’elles n’épargnent pas même les animaux de leur genre; les espèces les plus fortes font une guerre à mort aux plus faibles; et cependant les mâles ne mangent pas leurs petits, comme font la plu¬ part des Chats, les Cochons, et même les La¬ pins. Ils en prennent au contraire le plus grand soin, et, dès qu’ils peuvent marcher, ils partagent avec la femelle les soins de leur éducation. J’ai pu m’assurer de ce fait par mes propres yeux dans l’espèce de la Marte commune et celle de la Fouine.

Les Martes, d’un caractère sauvage et fa¬ rouche, ne se plaisent que dans les forêts les moins fréquentées, et, si l’on en excepte la Fouine et la Belette, elles ne s’approchent pas volontiers des habitations de l’homme. On ne peut nier qu’elles aient de l’intelli¬ gence, si on en Juge par l’adresse et la ruse qu’elles emploient pour surprendre leurs ennemis; mais c’est purement une intelli¬ gence de meurtre et de cruauté, qui ne les empêche pas de tomber dans tous les pièges qu’on leur tend. Réduites en captivité, elles s’apprivoisent assez bien; cependant jamais assez pour sentir de l’affection pour leur maître, et ne pas s’effaroucher de la présence d’un étranger. Sans cesse agitées par un mouvement de défiance et d’inquié¬ tude, elles ne peuvent rester un moment en place, et si elles cessent par intervalle d’es¬ sayer à briser leur chaîne , c’est pour dor¬ mir. Cependant, comme on le verra à l’ar¬ ticle de la Fouine , quelques individus font un peu exception et ont le caractère moins farouche.

Le genre Marte a été divisé par presque tous les naturalistes en quatre sections ou sous-genres, savoir :

I. Les MARTES {Mustela, G. Cuv.).

Elles ont 6 fausses molaires à la mâchoire supérieure, et 8 à l’inférieure. Elles se trou¬ vent en Europe, en Asie et en Amérique.

1. La MARTi. COMMUNE j Müstelamartes L\n. ; la Marie , Buff. ; ‘Marie des sapins ou Marie dbietum de quelques anciens écrivains. Elle a environ 1 pied et demi (0'",487) de lon¬ gueur, non compris la queue, qui a un peu moins de 10 pouces (0“,271). Elle est d’un brun lustré, avec une tache d’un jaune clair sous la gorge, ce qui la distingue fort bien de la Fouine ; le bout du museau, la dernière partie de la queue et les membres sont d’un brun plus foncé, et la partie postérieure du ventre d’un brun plus roussâtre que le reste du corps. Avant que les grandes forêts fus¬ sent détruites en France, la Marte y était assez commune, mais aujourd’hui elle est devenue très rare. Cependant j’en ai tué plusieurs, dans ma jeunesse, dans les mon¬ tagnes qui séparent le bassin de la Loire de celui de la Saône, et j’observerai que l’une d’elles était suivie de six petits, quoique Buffon prétende que cet animal n’en fait que deux ou trois par portée. Ces animaux ne se plaisent que dans la profondeur des forêts les plus sauvages, elles grimpent avec agilité sur les arbres les plus élevés, pour faire une chasse incessante aux oiseaux et aux petits mammifères. La Marte n’est pas un animal tout-à-fait nocturne, malgré la disposition de sa pupille ; mais, ainsi que tous les animaux sauvages qui habitent des pays très peuplés, l’homme les inquiète souvent, elle se cache pendant le jour, et ne sort de sa retraite que la nuit, pour com¬ mettre ses déprédations. Elle détruit une grande quantité de menu gibier; elle cherche les nids d’oiseaux, dont elle mange les œufs; elle tâche de surprendre la Perdrix couvant dans les bruyères, le Lièvre dans son gîte, les Écureuils dans leur nid; et, si ces espè¬ ces lui manquent, elle se jette sur les Mu¬ lots, les Loirs, les Lérots, et même sur les Lézards et les Serpents. Elle cherche aussi les ruches des Abeilles sauvages, pour s’emparer du miel.

Courageuse et rusée, comptant surtout sur son extrême agilité, elle s’effraie peu quand elle est chassée par des Chiens cou¬ rants; elle se plaît à faire battre et rebattre

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sa passée, à les dépister, à les fatiguer, avant de monter sur un arbre pour échapper à leur poursuite. Encore, quand elle emploie ce dernier moyen, ne se donne-t-elle pas la peine de grimper jusqu’au sommet. Assise à la bifurcation de la première branche, elle les regarde effrontément passer sans s’en in¬ quiéter davantage. Elle ne se creuse pas de terrier et n’habite même pas ceux qu’elle trouve tout faits; mais, quand elle veut mettre bas, elle cherche un nid d’Écureuils, en mange ou en chasse le propriétaire, en élargit l’ouverture, l’arrange à sa fantaisie, et y fait ses petits sur un lit de mousse. Tantqu’elle les allaite, le mâle rôde dans les environs, mais n’en approche pas. Quand les petits sont assez forts pour sortir, la mère les conduit chaque jour à la promenade, et leur apprend à grimper, à chasser et à re¬ connaître la proie dont ils doivent se nour¬ rir. C’est alors que le mâle se réunit à la fe¬ melle, apporte à ses enfants des oiseaux, des Mulots et des œufs. Dès lors ils ne rentrent plus dans le nid, et dorment tous ensemble dans des trous d’arbres ou dans des feuilles sèches, sous un buisson touffu. Dans les fo¬ rêts très solitaires, la famillese hasarde quel¬ quefois à sortir de sa retraite pendant le jour, mais en se glissant furtivement sous le feuillage et se donnant bien de garde d’être aperçue par les oiseaux. Si un Roitelet, un Rouge-Gorge , une Mésange ou toute autre espèce d’oiseau, grand ou petit, vient à aper¬ cevoir une Marte, il pousse aussitôt un cri particulier qui donne une alarme générale à un quart de lieue à la ronde. Les Pies, Geais, Merles, Pinsons, Fauvettes, en un mot près - que toute la population ailée, se réunit aus¬ sitôt en criaillant, entoure l’animal, le pour¬ suit, le harcèle, s’en approche en redoublant ses cris, et, à force de l’étourdir par des cla¬ meurs, le contraint à une prompte retraite. Du reste, tous les animaux carnassiers, (Chouettes, Ducs, Chats, Renards, etc., ne sont pas reçus d’une manière plus amicale par le peuple chantant des forêts, tandis qu’il vit en très bonne intelligence avec les ani¬ maux paisibles, comme Chevreuils, Lièvres, Lapins, etc. Ce fait ne servirait-il pas à ex¬ pliquer, au moins en partie, comment tous les Carnassiers, soit qu’ils aient la pupille ronde ou allongée, ont contracté des habi¬ tudes nocturnes?

La fourrure de la Marte commune a quel¬ que valeur, mais il s’en faut de beaucoup qu’elle soit comparable à celle de la Marte- Zibeline , dont nous aurons à nous occuper plus loin. Elle est moins rare dans le Nord qu’en France, et plus commune encore dans le Canada et dans toute l’Amérique septen¬ trionale.

2. La Zibeline, Muslela zibellinahinn.', la Marte-Zibeline, Buff.; le Sahbal des Suédois ; le Sobol des Polonais et des Russes. Cet ani¬ mal habite les régions les plus septentrionales de l’Europe et de l’Asie, et se trouve jusqu’au Kamtschatka ; il n’est pas rare non plus dans le nord de l’Amérique septentrionale. Sa fourrure est extrêmement précieuse, et il s’en fait un commerce immense en Russie. Les plus estimées viennent de Sibérie, sur¬ tout celles de Witinski et deNerskinsk. Les bords de la Witima, rivière qui sort d’un lac situé à l’est du Baïkal et va se jeter dans la Léna, sont célèbres par les Zibelines qu’on y trouve; elles abondent également dans la partie glacée et inhabitable des monts Altaï, ainsi que dans les montagnes du Saïan, au- delà du Jenissei, dans les environs de l’Oby et le long des ruisseaux qui tombent dans la Touba. La fourrure d’hiver est noire, et c’est la plus précieuse; celle d’été, plus ou moins brunâtre et mal fournie, a beaucoup moins de valeur ; mais le.« marchands russes, par des préparations particulières, savent la faire passer dans le commerce pour de la Marte d’hiver, et les plus fins connaisseurs s’y laissent quelquefois prendre.

Elle ressemble beaucoup à la Marte com¬ mune, quant aux mœurs et aux formes, et elle n’en diffère que par les couleurs et la finesse de son pelage. Elle est d’un brun lustré, noirâtre en hiver, plus pâle en été, quelquefois entièrement blanche ou roussâtre dans certaines variétés accidentelles. Ellea le dessous de la gorge grisâtre, le devant de la tête et les oreilles blanchâtres, et, ce qui la distingue très bien de la Marte commune, ce sont les poils qui luicouvrentle dessous de ses pieds jusque sous les doigts. Elle rôde sans cesse dans les buissons, et se plaît particuliè¬ rement dans les halliers fourrés, sur le bord -des lacs, des rivières et des ruisseaux, dans les bois peuplés de grands arbres. Quelque¬ fois elle s’établit dans un terrier qu’elle se creuse en terrain sec, sur une pente rapide,

4

31 A R

31AR

et dont l’entrée se trouve toujours masquée par des ronces et d’épais buissons. Quelque¬ fois aussi elle se loge dans des trous d’arbre, ou elle s’empare du nid d’une Chouette ou d’un Petit-Gris. Jamais elle ne s’approche des habitations, et cependant elle a un cou¬ rage indomptable, nullement comparable à son peu de force. Quel que soit l’ennemi qui l’attaque, elle se défend avec fureur jusqu’à son dernier moment, et parvient quelque¬ fois à échapper à la dent meurtrière du chien le mieux dressé à la chasse. Son cor¬ sage délié lui permet de se glisser dans les plus petits trous ; sa force musculaire et ses ongles arqués et pointus lui donnent une extrême facilite à grimper, à s’élancer de branche en branche pour poursuivre jus¬ qu’au sommet des plus minces rameaux les oiseaux, les Écureuils et autres petits ani¬ maux auxquels elle fait une guerre d’exter¬ mination. Quelquefois elle suit le bord des ruisseaux , pour s’emparer, faute de mieux, des reptiles aquatiques, et même des pois¬ sons, si on s’en rapporte à quelques voya¬ geurs et à Buffon ; mais ce fait me paraît très contestable. Quand le gibier lui manque, elle mange des insectes, et quelquefois elle se contente de quelques baies sucrées, telles que celles de l’Airelle.

C’est aux chasseurs qui poursuivent la Zibeline dans les déserts glacés du Nord que l’on doit la découverte de la Sibérie orien¬ tale. Je x^ais citer ici ce que je dis , dans mon Jardin des Planles, de la chasse de cet animal.

(( Sur quatre-vingt mille exilés , plus ou moins, qui peuplent habituellement la Sibé¬ rie, environ quinze mille sont employés à la chasse de la Zibeline et de l’Hermine. Ils se réunissent en petites troupes de quinze ou vingt, rarement plus ou moins, afin de pou¬ voir se prêter un mutuel secours , sans ce¬ pendant se nuire en chassant. Sur deux ou trois traîneaux attelés de Chiens , ils em¬ portent leurs provisions de voyage , consis¬ tant en poudre , plomb , eau-de-vie , four¬ rures grossières pour se couvrir , quelques vivres d’assez mauvaise qualité , et une bonne quantité de pièges. Aussitôt que les gelées ont suffisamment durci la surface de la neige , ces petites caravanes se mettent en route et s’enfoncent dans le désert, cha¬ cune d’un côté dilTérent. Quand le ciel de

la nuit n’est pas voilé par des brouillards , elles dirigent leur voyage au moyen de quel¬ ques constellations; pendant le jour, elles consultent le soleil ou une petite boussole de poche. Quelques chasseurs se servent , pour marcher, de patins en bois à la ma¬ nière de ceux des Samoièdes ; d’autres n’ont pour chaussure que de gros souliers ferrés , et des guêtres de cuir ou de feutre.

» Chaque traîneau a ordinairement un attelage de huit Chiens ; mais pendant que quatre le tirent, les quatre autres se repo¬ sent, soit en suivant leur maître, soit en se couchant à une place qui leur est réservée sur le traîneau même. Ils se relaient de deux heures en deux heures. Pendant les premiers jours on fait de grandes marches , afin de gagner le plus tôt possible l’endroit l’on doit chasser, et cet endroit est quel¬ quefois à 2 ou 300 lieues de distance du poinLd’où l’on est parti ; mais plus on avance dans le désert, plus les obstacles se multi¬ plient. Tantôt c’est un torrent non encore glacé qu’il faut traverser : alors on est obligé d’entrer dans l’eau jusqu’à l’estomac, et de porter les traîneaux sur l’autre bord , en se frayant un passage à travers les glaçons charriés par les eaux. Une autre fois , c’est un bois à traverser en se faisant jour à cou{)s de hache dans les broussailles; puis un pic de glace à monter, et alors les chasseurs, après s’être attaché des crampons aux pieds, s’attèlent avec leurs Chiens pour hisser leurs traîneaux à force de bras.

» , un hiver de neuf mois couvre la terre d’épais frimas ; jamais le sol ne dégèle à plus de 3 ou 4 pieds de profondeur, et la nature, éternellement morte, jette dans l'àme l’épouvante et la désolation ; à peine si une végétation languissante couvre les plaines de quelque verdure pendant le court intervalle de l’été; et des bruyères stériles, de maigres bouleaux, quelques arbres rési¬ neux rachitiques , font l’ornement le plus pittoresque de ces climats glacés. , tous les êtres vivants ont subi la triste influence du désert; les rares habitants qui traînent dans les neiges leur existence engourdie sont presque des sauvages difformes et abrutis; les animaux y sont malheureux , farouches et féroces , et tous, si j’en excepte le Renne, ne sont utiles à l’Homme que par leur four¬ rure : tels sont les Ours blancs , les Loups

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gris, les Renards bleus, les blanches Her¬ mines et la Marte-Zibeline. Venons à nos chasseurs.

« L’hiver augmente en intensité ; les longues nuits de trois mois deviennent plus sombres, parce que l’atmosplière est sur- chargée d’une fine poussière de glace qui 1 obscurcit. Vers le nord , le ciel se colore d une lumière rouge et ensanglantée an¬ nonçant les aurores boréales. Les Gloutons, les Ours, les Loups et autres animaux fé- loces, ne trouvant plus sur la terre couverte de neige leur nourriture accoutumée, errent dans tes ténèbres, s’approchent audacieuse¬ ment de la petite caravane, et font retentir les roches de glace de leurs sinistres hurle¬ ments. Chaque soir, lorsqu’on arrive au pied d une montagne qui peut servir d’abri contre le vent du nord, il faut camper. On fait une sorte de rempart avec les traîneaux ; on tend au-dessus une toile soutenue par quelques perches de sapin coupées dans un bois voisin. On place au milieu de celte fa¬ çon de lente un fagotde broussailles auquel on met le feu. Chacun élend une peau d Ours sur la glace, se couche dessus , se couvre de son manteau fourré, et attend le lendemain pour se remettre en roule.

» Pendant que les chasseurs dorment, Pun deux fait sentinelle , et souvent son coup de fusil annonce l’approche d’un Ours féroce ou d’une troupe de Loups alfamés. Il faut se lever à la hâte , et quelquefois sou¬ tenir une alïreuse lutte avec ces terribles animaux ; mais il arrive aussi que la nuit n’est troublée par aucun bruit , si ce n’est par le sifllemcnt du vent du nord qui glisse sur la neige, et par une sorte de petit bruis¬ sement particulier sur la toile de la tente. Les chasseurs ont dormi profondément, et il est grand jour'quand ils se réveillent. Ils appellent la sentinelle, mais personne ne répond : leur cœur se serre ; ils se hâtent de sortir, car i/s savent ce que signifie ce si¬ lence. Leur camarade est là, assis sur un tronc de sapin renversé. Il a bien fait son devoir de surveillant, car son fusil est sur ses genoux, son doigt sur la gâchette, et ses yeux sont tournés sur la montagne, où, la nuit, les liurlements des loups se sont fait entendre; mais ce n’est plus un homme qui est en sentinelle, c’est un bloc de glace. Scs compagnons, après avoir versé une larme

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sur sa destinée, le laissent là, assis dans le desert, et se réservent de lui donner la sé¬ pulture six mois plus tard, à leur retour, lorsqu’un froid moins intense permettra d ouvrir un trou dans la glace. Ils le retrou¬ veront à la même place, dans la même atti¬ tude et dans le même état , si un Ours n’a pas essayé d’entamer avec ses dents des chairs transparentes , blanches et roses comme de la cire, colorées, mais dures comme le granit.

» Enfin, après mille fatigues et mille dan-, gers épouvantables, la petite caravane ar¬ rive dans une contrée coupée de collines et de ruisseaux. Les chasseurs les plus expéri¬ mentés tracent le plan d’une misérable ca¬ bane construite avec des perches et de vieux troncs de bouleaux à moitié pourris. Us la couvicnt d herbes sèches et de mousse , et laissent au haut du toit un trou pour don¬ ner passage à la fumée. Un autre trou, par lequel on ne peut se glisser qu’en rampant, sert de porte, et il n’y a pas d’autre ouver- tuiepour introduire l’air et la lumière. C’est que quinze malheureux passeront les cinq ou six mois les plus rudes de l’hiver; c’est la qu’ils braveront l’inclémence d’une tem¬ pérature descendant presque chaque jour à 22 ou 25 du thermomètre de Réaumur. Lor.sque les travaux de la cabane sont ter¬ minés, lorsque le chaudron est placé au mi¬ lieu de 1 habitation, sur le foyer, pour faire fondre la glace qui doit leur fournir de l’eau, lorsque la mousse et les lichens sont dis¬ posés pour faire les lits, alors les chasseurs partent ensemble pour aller visiter leur nou¬ veau domaine , et pour diviser le pays en autant de cantons de chasse qu’il y a d’hom¬ mes. Quand les limites en sont définitive¬ ment tracées, on lire ces cantons au sort, et chacun a le sien en toute propriété pendant la saison de la chasse, et aucun d’eux ne se permettrait d’empiéter sur celui de ses voisins. Us passent toute la journée à tendre des pièges partout ils voient sur la neige des impressions de pieds annonçant le pas¬ sage ordinaire des Martes, Hermines et Re¬ nards bleus. Us poursuivent aussi ces ani¬ maux dans les bois à coups de fusil , ce qui exige une grande adresse; car, pour ne pas gâter la peau, ils sont obligés de tirer à balle franche. Le soir tous se rendent à la cabane, et la première chose qu’ils font est

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de se regarder mutuellement le bout du nez ; si l’un d’eux l’a blanc comme de la cire vierge et un peu transparent, c’est qu’il l’a gelé, ce dont il ne s’aperçoit pas lui-même. Alors on ne laisse pas le chasseur s’appro¬ cher du feu , et on lui applique sur ie nez une compresse de neige que l’on renouvelle à mesure qu’elle se fond, jusqu’à ce que la partie malade ait repris sa couleur natu¬ relle. Ils traitent de même les pieds et les mains gelés ; mais, malgré ces soins, il est rare que la petite caravane se remette en route au printemps sans ramener avec elle quelques estropiés. Dans les hivers extrême¬ ment rigoureux , il est arrivé maintes fois que des caravanes- entières de chasseurs sont restées gelées dans leurs huttes , ou ont été englouties dans les neiges. Les douleurs morales des exilés , venant ajouter aux ri¬ gueurs de cet affreux climat, ont aussi poussé très souvent les chasseurs au découragement, et, dans ces solitudes épouvantables, il n’y a qu’un pas du découragement à la mort. Qu’un exilé harassé s’asseye un quartd’heure au pied d’un arbre, qu’il se laisse aller aux pleurs, puis au sommeil, il est certain qu’il ne se réveillera plus. » .

Il paraîtrait , d’après ce que raconte le voyageur Lesseps , que les Karntschadales prennent les Martes d’une manière fort sin¬ gulière. « Un d’entre eux, dit-il, nous de¬ manda un cordon : nous ne pûmes lui don¬ ner que celui qui attachait nos Chevaux. Tandis qu’il y faisait un nœud coulant, des Chiens accoutumés à cette chasse entou¬ raient l’arbre. L’animal, occupé à les regar¬ der, soit frayeur, soit stupidité naturelle, ne bougeait pas; il se contenta d’allonger son cou lorsqu’on lui présenta le nœud cou¬ lant : deux fois il s’y prit de lui-même, deux fois ce lacs se défit. A la fin, la Marte s’étant jetée à terre, les Chiens voulurent s’en sai¬ sir; mais bientôt elle sut se débarrasser, et elle s’accrocha avec ses pattes et ses dents au museau d’un des Chiens , qui n’eut pas sujet d’être satisfait de cet accueil. Comme nous voulions tâcher de prendre l’animal en vie , nous écartâmes les Chiens ; la Marte quitta aussitôt prise et remonta sur un ar¬ bre, où, pour la troisième fois, on lui passa le lacs, qui coula de nouveau. Ce ne fut qu’à la quatrième que le Karntschadale parvint à la prendre. Cette facilité de chasser les

Martes est d’une grande ressource aux ha¬ bitants de ces contrées, obligés de payer leur tribut en peaux de Martes-Zibelines. »

3. La V'o'umE, Mustela foinahin., a beau¬ coup de ressemblance avec la Marte com¬ mune; mais cependant elle s’en distingue au premier coup d’œil par le dessous du cou et la gorge, qui sont blancs et non pas jaunâtres. Sa taille est la même; son pelage est brun , avec les jambes et la queue noi¬ râtres. Elle exhale une forte odeur mus¬ quée désagréable. Elle se trouve dans toute l’Europe , et dans une partie de l’Asie occi¬ dentale. On la rencontre dans toutes les lo¬ calités, dans les forêts, les bois, les vergers, les granges, les fermes , et même dans les magasiné à fourrage des villes; il n’est pas rare d’en trouver jusque dans les faubourgs de Paris , et c’est surtout par ces habitudes qu’elle diffère essentiellement de la Marte. « La Fouine , dit Buffon , a la physionomie très fine, l’œil vif, le saut léger, les mem¬ bres souples, le corps flexible, tous les mou¬ vements très prestes; elle saute et bondit plutôt qu'elle ne marche; elle grimpe aisé¬ ment contre les murailles qui ne sont pas bien enduites , entre dans les colombiers , les poulaillers, etc. ; mange les œufs , les Pigeons, les Poules, etc. ; en tue quelque¬ fois un grand nombre et les porte à ses pe¬ tits ; elle prend aussi les Souris , les Rats , les Taupes, les Oiseaux dans leur nid. Les Fouines , dit-on , portent autant de temps que les Chats. On trouve des petits depuis le printemps jusqu’en automne, ce qui doit faire présumer qu’elles produisent plus d’une fois par an. Les plus jeunes ne font que trois ou quatre petits, les plus âgées en font jus¬ qu’à sept. Elles s’établissent, pour mettre bas, dans un magasin à foin, dans un trou de muraille, elles poussent de la paille et des herbes; quelquefois dans une fente de rocher ou dans un trou d’arbre, elles portent de la mousse ; et lorsqu’on les in¬ quiète , elles déménagent et transportent ailleurs leurs petits , qui grandissent assez vite; car celle que nous avions élevée avait, au bout d’un an , presque atteint sa gran¬ deur naturelle; et de on peut inférer que ces animaux ne vivent que huit à dix ans. Elle demandait à manger comme le Chat et le Chien, et mangeait de tout ce qu’on lui donnait , à l’exception de la salade et des

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herbes ; elle aimait beaucoup le miel , et préférait le chènevis à toutes les autres graines. » Legrand naturaliste a remarqué qu’elle buvait fréquemment, qu’e+le dor¬ mait quelquefois deux jours de suite , et qu’elle était aussi quelquefois deux ou trois jours sans dormir; que pendant le sommeil elle se mettait en rond , cachait sa tête , et l’enveloppait de sa queue ; que, tant qu’elle ne dormait pas, elle était dans un mouve¬ ment continuel si violent et si incommode , que quand même elle ne se serait pas jetée sur les volailles, on aurait été obligé de l’attacher pour l’empêcher de tout briser.

La fouine, sans s’attacher ^positivement à son maître , peut cependant s’apprivoiser et devenir capable d’une certaine éducation. J ai été témoin d’un fait assez curieux qui le prouve. Dans un village sur les bords de la Saône, un ancien garde-chasse, un peu